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Souffrez-vous d’angoisse de séparation ?

26 Oct 2017

Voilà un moment que je n’ai pas écrit sur ce blog : c’est que je travaillais sur un sujet vraiment important, et qui concerne beaucoup d’enfants et aussi d’adultes : l’angoisse de la séparation. Ce fut l’objet de mon mémoire de Diplôme Universitaire, soutenu le 7 juillet dernier.

Ci-après je vous donne un extrait de l’introduction de ce mémoire dont le titre complet est :
« Le Trouble Anxiété de Séparation chez l’enfant et l’adolescent : vers une méthode d’accompagnement combinant la sophro-analyse et les TCC. »

Grâce à ce travail me voilà bien formée pour la prise en charge de ce trouble.
Les accompagnements que je propose concernent les enfants (avec leurs parents), les adolescents, mais également les adultes, qui ont rarement conscience de ce trouble, bien intégré dans leur vie.

L’angoisse de séparation du nourrisson, une étape charnière de son développement

L’angoisse de séparation représente une étape normale dans la vie de l’enfant. Le nourrisson, qui s’est vécu comme indifférencié de sa mère pendant les premiers mois de sa vie, a du mal à vivre les premières séparations dont il a conscience et les refuse. Le jeune enfant se met alors à manifester bruyamment son désaccord, il pleure, trépigne et s’agite pour rappeler sa mère.

Ce phénomène transitoire sera ensuite graduellement surmonté par l’enfant. L’angoisse de séparation commence à se résoudre vers les 18 mois de l’enfant, lorsqu’il commence à développer une maturité psychologique autonome, qui lui permet de comprendre que la séparation n’est que temporaire, bien qu’il n’ait pas encore acquis la notion du temps. Les séparations seront bien acceptées à partir de 3-4 ans (Petot D, 2014).

Comment aider son enfant dans sa phase d’autonomisation ?

Afin de l’aider dans cette délicate étape de prise de confiance et d’apprentissage de l’autonomie, il est conseillé aux parents de rassurer leur enfant, en l’habituant à des séparations progressives, en l’amenant à comprendre que l’objet d’attachement, ainsi que lui-même, continuent à vivre indépendamment, même lorsqu’ils sont hors de portée de vue (par exemple en jouant au jeu de cache –cache). Un objet de transition portant l’odeur du parent, qui restera avec l’enfant lorsque les séparations précoces sont inévitables, pourra être une source de réconfort.

Quand parle-t-on de trouble anxiété de séparation ?

On ne parlera de trouble que lorsque l’anxiété demeure excessive lors des situations de séparation d’avec les personnes auxquelles l’enfant est attaché au-delà de 7-8 ans. L’enfant craint qu’un événement grave tel qu’accident, maladie, enlèvement, vienne le séparer brutalement de ses proches. L’angoisse peut aller jusqu’à imaginer la mort de ses parents. Le jeune enfant a peur du noir, des inconnus, fait des cauchemars, a peur de dormir seul, et tente de se réfugier dans le lit parental.

On retrouvera chez l’enfant pré-scolaire une grande difficulté à quitter sa figure d’attachement au moment de l’entrée en maternelle. La première rentrée à l’école est difficile pour certains enfants, mais les enfants anxieux pleurent ou font des colères lorsqu’ils sont conduits à l’école, restent tristes, apathiques, en retrait durant la journée, et ont du mal à participer aux activités d’apprentissage ou à jouer.

Dans la définition du trouble donnée par le Manuel Diagnostique et Statistique des troubles Mentaux (le DSM)(annexe 1), l’angoisse concerne également la séparation avec le lieu de vie habituel de l’enfant. En grandissant, l’enfant éprouve des difficultés à dormir en dehors de chez lui, chez des amis, ou à partir en camps de vacances. L’anxiété de séparation génère des plaintes physiques telles que douleurs abdominales, maux de tête, nausées, vomissements.

Pour une description plus fine du trouble, il est précisé, dans le DSM-IV :
« Les enfants ayant une Anxiété de séparation proviennent souvent de familles dans lesquelles les relations sont très proches. Loin de la maison ou de ceux qu’ils aiment, ils sont généralement timides, apathiques, tristes et ne peuvent se concentrer ni sur leur travail ni sur des jeux.

En fonction de l’âge, ils ont peur des animaux, des monstres, du noir, des agresseurs, des cambrioleurs, des ravisseurs, ils redoutent les accidents de voiture, les voyages en avion ou toute situation perçue comme menaçante pour l’intégrité de la famille ou leur propre intégrité.

Des préoccupations concernant la mort, la leur ou celle des autres, sont fréquentes. Le refus d’aller à l’école peut conduire à un échec scolaire ou à un évitement social. Les enfants ayant une anxiété de séparation peuvent se plaindre de ce que personne ne les aime ou de ce que personne ne s’occupe d’eux et dire qu’ils préféreraient être morts.

Lorsqu’ils sont bouleversés par une séparation imminente, ils peuvent se mettre en colère et, occasionnellement, frapper la personne qui essaie de les forcer.

Quand ils sont seuls, en particulier le soir, les jeunes enfants peuvent avoir des expériences perceptuelles inhabituelles (ex. : voir quelqu’un qui regarde ce qui se passe dans leur chambre, voir des créatures effrayantes qui essayent de les attraper, sentir des yeux posés sur eux).

Les enfants souffrant d’Anxiété de séparation sont souvent décrits comme exigeants, indiscrets et en quête permanente d’attention. Les demandes excessives de l’enfant deviennent souvent source de frustration pour leurs parents, ce qui amène des ressentiments et des conflits dans la famille.

Parfois au contraire, ces enfants sont décrits comme excessivement consciencieux, obéissants et désireux de plaire. Ils peuvent avoir des plaintes somatiques, qui les conduisent chez le médecin et entraînent diverses procédures médicales. »

Dans la dernière version publiée du DSM, il n’est plus nécessaire que le trouble soit apparu avant 18 ans. Le trouble doit être présent depuis 6 mois ou plus afin de minimiser le surdiagnostic de peurs passagères.

Dans la cinquième version du DSM (DSM-5), on le trouve sous le terme d’anxiété de séparation. Dans la littérature anglo-saxone, l’abréviation est le SAD (pour Separation Anxiety Disorder), à ne pas confondre avec le Seasonal Affective Disorder, qui est un type de dépression chronique liée aux changements de saisons. Il est maintenant classé dans les troubles anxieux. L’abréviation SAD est parfois également utilisée en anglais pour désigner le Social Anxiety Disorder. Dans ce rapport j’utiliserai parfois l’abréviation TAS (trouble d’anxiété de séparation), qui porte moins à confusion. Les symptômes retenus comme critères diagnostiques sont équivalents dans la CIM-10, qui nomme le trouble sous le terme « d’angoisse de séparation de l’enfance ».

Le trouble anxiété de séparation existe aussi chez les adultes…

Cette forme d’angoisse est retrouvée chez l’adulte, où elle prendra toutefois une tonalité moins évidente à identifier. En effet, à l’âge adulte, ce type d’angoisse peut passer inaperçu lorsqu’il est reporté sur le partenaire de vie, avec une difficulté pour la personne à apprécier les moments de solitudes qui sont vécus comme des moments de vide angoissant.

D’une façon générale, l’autonomie s’en trouve affectée, mais cette perte d’autonomie, qui peut toucher tous les domaines de la vie (affectif mais aussi financier, marqués par le manque d’initiatives pour des activités nouvelles en dehors du cercle familial, habitude acquise de ne pas trop quitter la maison, sauf pour aller dans un autre endroit connu et sécurisant…) est considérée comme normale. Les situations de séparation familiales, de couple, et les sorties hors de lieux d’habitation rassurants et connus, sont évitées.

Les difficultés sont bien souvent sous-estimées par la personne, ce qui complique l’identification du trouble. Le trouble peut être exacerbé lors de séparations (décès d’une figure d’attachement principale, projet de divorce) (observations personnelles). Dans le DSM IV-TR, il est précisé que les adultes souffrant de ce trouble montrent un inconfort marqué lors de séparations d’avec leur progéniture et leur conjoint. Selon Susan M. Bögels, dans une revue de 2013 sur le TAS adulte, ce trouble est fréquent, souvent associé à d’autres troubles, et invalidant. Une étude (la National Comorbidity Survey Replication – NCS-R) portant sur 5692 adultes montre que la forme adulte du TAS est courante aux Etats-
Unis. Le taux de prévalence sur la vie serait de 6.6 %.

… et chez les animaux comme le chien !

L’anxiété de séparation est un signe courant chez les chiens (Pageat, 1995). Il se manifeste par des comportements de destruction, de défécation, d’urination et /ou de vocalisations en l’absence de leur propriétaire. Les chiens montrent un hyper-attachement à leur donneur de soin. L’étiologie de ce trouble est incertaine, et on suppose qu’elle repose sur des caractéristiques héritables, les premières expériences de vie ou les facteurs environnementaux. Dans un essai clinique multisite, prospectif, randomisé, en double aveugle, et contrôlé contre placebo, King JN et coll. montrent que les troubles peuvent être améliorés par l’utilisation de clomipramine, un antidépresseur tricyclique (King JN et coll., 2000) (étude du Novartis Animal Health).

Pour en savoir plus sur mon travail…

Mon mémoire est accessible dans son intégralité moyennant une contribution de 10€ adressés par chèque ou virement bancaire.
Si vous êtes intéressés, contactez moi à : contact@sophroanalyste-rennes.fr

Sommaire détaillé de ce mémoire (40 pages) :

Introduction

Définition du trouble anxiété de séparation (TAS)
L’angoisse de séparation du nourrisson, une étape charnière de son développement
Quand parle-t-on de trouble anxiété de séparation ?
Le trouble anxiété de séparation existe aussi chez les adultes…
… et chez les animaux comme le chien !

Epidémiologie
Age de début et distribution par genre
Co-morbidité

Etiologie du trouble de l’anxiété de séparation
Influence de la génétique
Les influences périnatales
Le rôle du style d’attachement et du mode d’éducation

L’anxiété de séparation dans le spectre des troubles anxieux de l’enfant

Diagnostic
Les entretiens à visée diagnostique

Traitement
Psychopharmacologie
Psychothérapie

Le traitement du trouble de l’anxiété de séparation par les approches
psychothérapeutiques – une revue de la littérature récente

Programme Familial contre l’Anxiété de Séparation (enfants de 5 à 13 ans et leurs parents)
Thérapie basée sur le jeu en groupe pour les enfants scolarisés (7-9 ans)
Programme Cool Kids, non spécifique de l’anxiété de séparation (7-17 ans)
Les programmes de thérapie cognitive et comportementale pour lutter contre les troubles anxieux
Programmes de thérapie cognitive et comportementale délivrés par internet (8-12 ans)
Programme d’art thérapie (7-12 ans)

Proposition d’intervention dans le cadre de mon activité de thérapeute formée
à la sophro-analyse
Entretiens à visée diagnostique
Stratégie d’intervention
1- Physiologie : apprentissage des techniques de gestion de l’anxiété (enfant seul)
Relaxation et sophrologie
TIPI Technique d’Identification des Peurs Inconscientes
2- Cognitions
Psychoéducation
Restructuration cognitive
Travail avec l’enfant intérieur (optionnel, à partir de 15 ans environ)
3- Comportement
Processus de visualisation positive : méthode de pré-exposition
Exposition réelle
4- Emotions

Discussion
Place de la sophro-analyse, dans le cadre de pratiques thérapeutiques destinées à l’enfant et à l’adolescent
Le ré-équilibrage émotionnel préalable à la TCC
Faut-il impliquer la famille des enfants souffrant d’anxiété de séparation
dans la stratégie thérapeutique ?
Faut-il traiter l’anxiété de séparation spécifiquement ou adopter une stratégie générique pour l’ensemble des troubles anxieux ?
Les perspectives des neurosciences
L’adolescence, une étape clé pour se libérer d’une angoisse de séparation non résolue avant qu’elle n’évolue vers d’autres troubles à l’âge adulte ?
Une sensibilisation parentale au sujet de l’anxiété de séparation

Annexes
Annexe 1: Critères diagnostics de l’anxiété de séparation, DSM-5
Annexe 2: Questionnaire de mesure de sévérité du trouble de l’anxiété de séparation

Références bibliographiques

Remerciements

Que faire en cas de dépression sévère ?

28 Juil 2017

La dépression : échec de la quête d’amour ?

Lorsque sa quête d’amour échoue, l’homme se retrouve comme happé par un des plus grands archétypes de l’humanité : la dépression. Colère, joie et peurs, les autres émotions vitales, sont mises au second plan du psychisme, masquées par la tristesse. Cette tristesse qui envahit toutes les sphères de la vie, et vide l’homme de son énergie.

La colère n’est pourtant pas loin. C’est comme si notre présence sur terre se rapportait à l’achat d’un produit qui ne ne fonctionne pas, ou un voyage organisé qui ne tient pas ses alléchantes promesses ; on a envie de se révolter.Mais la dépression, comme un virus informatique, a désactivé la fonction « révolte ». Comme sous l’emprise d’une sorte de soumission, la dépression se comporte en maître, se subit.

La peur non plus n’est pas loin. Comme toute émotion qui s’oppose à l’amour, elle sape les capacités d’espoir dans un futur meilleur. Peur de rester dans cet état, peur de terminer le voyage sans avoir vu les paysages promis et tant attendus, peur de se retrouver sans amour à partager.

La dépression, ce sentiment d’échec qui isole

Parmi les sentiments propres à l’état dépressif se trouvent ceux de l’échec et de la solitude. La dépression isole, renforçant ce sentiment de n’être pas désirable, ni aimé ni aimable, de soi ou des autres. Du fait que la dépression est tabou, le dépressif se cache, a honte, sent qu’il n’a rien à offrir, se dévalorise. Il ignore bien entendu qu’il partage cet état avec des millions de personnes, la dépression touchant près d’un quart de la population sur une vie entière.

Mais avant d’être submergé par cet état, la personne a longuement lutté contre sa tristesse et son manque d’envie. Cette lutte l’a épuisé. De là vient le sentiment d’échec. On a perdu une bataille. Mais de quelle bataille s’agit-il au juste ? La bataille qui fait que nous ne sommes pas dans la vie que nous aurions souhaitée.

En recevant les personnes qui me consultent, j’ai été marquée par un fait : la bataille perdue se rapporte souvent à l’amour. Sans amour, le désir de vie s’étiole, lentement, inexorablement. Parfois aussi c’est l’autre expression de la libido qui est touchée : la créativité, notre raison profonde d’être au monde.

Retrouver ce qui nous anime au plus profond de notre être

L’état dépressif survient lorsque nous avons perdu la capacité de rêver qui nous sommes, et de suivre ce rêve. Il faut revenir en arrière : à quoi avons nous renoncé ? Qu’est ce qui a bien pu nous mener sur cette pente glissante d’une vie prêt à porter ? Le conformisme souvent. Il faut suivre les modèles sociaux en vigueur, sous peine d’être exclu de cette société. Franchement, ces zombies qui marchent dans la rue, ces têtes d’enterrement qui reviennent de leur travail aussi ennuyeux que harassant, ces mines fermées qui font des courses et n’éprouvent plus de joie visible à consommer, est-ce là un modèle social si enthousiasmant ?

Nous renonçons souvent du fait des responsabilités qui nous incombent. Il faut bien se loger et se nourrir, élever nos enfants et leur offrir la possibilité d’être plus heureux que nous. Erreur ! Aucune vie joyeuse ne se fonde sur un sacrifice parental. La dépression se propage de façon sournoise de génération en génération, et attend qu’un membre de la lignée se relève, suive ses rêves.

Accepter l’inacceptable

Le déprimé a t-il perdu toute envie ? Vraiment ? Mais qu’en est-il de l’envie de ne rien faire, de passer sa journée à se reposer, de glander en pyjama ? Le problème est que ces envies là ne sont pas socialement valorisées. Elles sont associées à de la culpabilité, celle de ne rien faire. Et en terme de culpabilité, la personne déprimée excelle ! Nous sommes dans des sociétés de bien être, d’action, de joie. Celui qui ne fait rien de ses journées est considéré comme un fainéant.

Conseil n° 1 : retrouvez, et acceptez pleinement cette envie de ne rien faire. Le désir émerge de l’attente, de l’absence de désir. Tout comme la création surgit du vide. Cessez de vous forcer, vous aggravez la situation. Si des personnes attendent des choses de vous, sachez que vous devez vous considérer comme votre priorité n° 1 ! Expliquez à votre entourage votre besoin de repos, d’inactivité. Loin de les frustrer, vous leur renseignerez une valeur sûre, une pépite de l’éducation, et donnerez l’exemple : la capacité à s’arrêter, à écouter son besoin profond, à ne rien faire, à s’ennuyer !

Faire une croix sur les culpabilités passées

La personne déprimée vit dans le passé, celui des regrets, des fautes, des erreurs, des culpabilités. Certes nous faisons tous des erreurs, mais l’erreur la plus grossière est celle de payer toute notre vie des erreurs sur lesquelles il nous est impossible de revenir. Alors puisqu’il est impossible de revenir sur les mauvais choix du passé, autant passer à autre chose. La seule valeur de temps sur laquelle nous pouvons avoir une influence est le présent.

Faites la liste de vos sentiments de culpabilité. Regardez les droit dans les yeux, retirez-en des enseignements. L’évolution se fait, pour tous, selon le principe de l’erreur. Nous apprenons en nous trompant. C’est ainsi. L’enfant apprend à marcher en tombant, les scientifiques accroissent notre niveau de connaissance en démontrant que les hypothèses passées sont fausses. Nos erreurs sont des enseignements personnels ! La seule chose à faire par rapport à des situations du passé qui génèrent en nous des sentiments de culpabilité est d’en retirer des leçons de vie. Prenez ces enseignements, changez vos comportements en conséquence, et puis jetez la liste des culpabilités à la poubelle !

Faire le deuil

Une autre chose m’a frappée en accompagnant mes clients déprimés : les deuils non faits sont une source de dépression extrêmement fréquente ! Il est important d’examiner de près, dans notre vie, quels sont les deuils qui n’ont pas été faits. Qu’il s’agisse de deuils de personnes qu’on a aimées, de deuils d’anciennes relations amoureuses, de deuils d’anciennes situations. Lorsqu’on déprime, on a un mal fou à tourner les pages. On se raccroche aux situations de bonheur passées comme des berniques sur leur rocher ! Mais ce comportement est l’inverse de la vie ! Je me répète, je le sais, mais la vie se conjugue au présent, toujours ! Ne cherchez pas les situations de joie dans le passé, ni dans le futur, la joie ne peut se sentir que dans le présent.

C’est le propre des émotions : un système psycho-chimique qui donne des sensations corporelles ! Peut-on jouir de nouveau en repensant au dernier rapport amoureux qui a déclenché cette jouissance ? Non, nous pouvons simplement créer de nouvelles situations de jouissance, nécessairement différentes. Pour preuve : nous avons tous des souvenirs très heureux. Prenons l’exemple de vacances qui nous ont comblés de plaisir. Reprenez les mêmes personnes, les mêmes lieux, dix années après, et vous constaterez que le sentiment de bonheur n’est plus le même. C’est une autre façon de se rendre compte que les sentiments, les émotions ressenties, sont une réaction complexe, qui implique de nombreux ingrédients, pour lesquelles il n’existe aucune recette.

Les personnes déprimées ont pour la plupart en commun le fait d’être restées bloquées sur des événements passés qui leur ont apporté de la joie. Cette joie du passé ne reviendra jamais telle quelle. Il faut passer à autre chose. Je comprends cette difficulté profonde à sortir de la situation actuelle, basée sur le passé, pour se diriger vers une nouvelle situation, porteuse de nouvelles joies. Car tout changement, tout mouvement vers l’avant, demande de l’énergie, ce dont est justement privée la personne déprimée. Je n’ai alors qu’un conseil : n’hésitez pas à demander de l’aide à un professionnel pour faire ce travail de deuil (relations, situations, amours…). Un processus de deuil inachevé consomme énormément d’énergie vitale. Cela paraît logique, car si on y réfléchi bien, on ne peut maintenir vivantes une personne, une situation, qu’au prix d’une immense énergie. Le deuil réussi permet de libérer l’énergie vitale consacrée à maintenir dans le présent des situations passées. C’est vraiment la clé de la sortie de la dépression.

Accepter de faire cette traversée seul, et de se confronter au vide intérieur

Il y a quelques temps j’avais débuté une étude psycho-sociale. Je cherchais à connaître de quelle façon les gens s’y prenaient lorsqu’ils traversent une situation difficile dans leur vie. Mon but était de savoir quels types de thérapeutes ils consultaient. Indirectement je cherchais à mieux répondre aux attentes de mes potentiels clients. J’ai cessé cette étude, qui était basée sur des interviews dans la rue, faute de temps, et aussi parce que je me suis rapidement rendue compte que la grande majorité des personnes que j’interrogeais se confiaient simplement à leur famille, et à leurs amis, en cas de douleur psychique. Rares étaient ceux qui consultaient un professionnel de la santé, et encore plus rares ceux qui avaient recours aux thérapies alternatives. J’ai vite compris qu’il m’aurait fallu des centaines d’interviews pour rencontrer suffisamment de personnes intéressées par les thérapies alternatives pour pouvoir tirer des conclusions sur leurs attentes.

L’enseignement ici est évident : nous sommes fondamentalement des êtres sociaux, qui avons besoin les uns des autres. Il est vrai que voir du monde, et se confier à des personnes de confiance dans notre entourage, est extrêmement important en cas de difficultés. Les personnes bien entourées, avec une famille aimante et compréhensible, capable d’entendre la douleur d’un proche, ont un atout majeur. Mais surtout, une famille aimante est un protecteur naturel contre la dépression. Ce qui ne veut pas dire qu’un individu bien entouré, qui reçoit suffisamment de signes manifestes d’amour, ne déprimera jamais. Mais il trouvera dans son entourage le soutien nécessaire pour traverser plus rapidement cette épreuve de la vie. La déprime aura moins de chance de se prolonger, voire de devenir chronique.

Mais le soutien d’un entourage bien intentionné ne fait pas tout. Une part de la douleur ne peut se partager. Nous sommes obligés d’accepter de la traverser, seuls. C’est notre part de travail intérieur. Même si cela paraît inconvenant, je conseille de faire ce travail dans une certaine solitude. Nous avons besoin de ce temps d’isolement pour accepter pleinement la situation douloureuse. Sinon nous risquons de nous réfugier dans la fuite.

Le deuil par exemple nécessite d’accepter d’être séparé de celui qu’on aime (et par extension des situations qui nous procuraient du plaisir). Cela implique d’accepter de rester seul. Afin de traverser réellement la dépression, il est indispensable de faire face à soi même, de se retrouver en quelque sorte, et de commencer à se reconstruire. De même qu’il ne nous viendrait pas à l’idée de construire un bâtiment neuf sur les fondations inadaptées d’une vieille demeure, le voyage vers de nouvelles modalités de vie, faisant suite à la dépression, nécessite qu’on ait le courage de construire de nouvelles fondations saines sans conserver les anciens matériaux. Sortir de la dépression nécessite donc du temps, et un certain degré de solitude.

Attention aux refuges addictifs contre le vide

Je rencontre également de nombreuses personnes qui ont trouvé des subterfuges pour ne pas faire face à leur position dépressive. Je devrais plutôt parler de refuges. Ces refuges bien connus sont des substances (alcool, drogues, nourriture), des activités (sport excessif, travail, écrans, toute autre activité qui devient une sorte d’obligation, de fuite du vide). Je constate un nouveau refuge fréquent : celui du développement personnel. Pour faire face à l’absence de sens de leur vie, et à la position dépressive, on passe son temps dans des démarches de développement personnel, stages, formations, thérapies alternatives… La non acceptation de la dépression mène à toutes sortes de comportements addictifs. Les addictions remplacent le vide auquel nous sommes confrontés lorsque nous nous retrouvons seuls, faces à nous mêmes.

C’est pourquoi je conseille d’accepter de prendre de grands moments de solitude, afin de traverser en pleine conscience ce vide béant de nos existences. C’est une condition indispensable pour passer véritablement à autre chose, pour ouvrir de nouveaux horizons.

Ces conseils paraîtront probablement incongrus à toute personne qui traverse une dépression et vit déjà un grand isolement social. Ma question est alors : acceptez-vous vraiment cette solitude et cette tristesse ? En termes de modalités pratiques, cela veut dire : s’asseoir, et accepter de vivre pleinement la tristesse qui se présente. S’il faut pleurer, pleurez. Si la colère vient, c’est bon signe, déjà quelque chose va vers l’extérieur. Vivez là .

Colère et tristesse sont souvent associés. En fait j’ai constaté que lorsqu’on creuse dans nos profondeurs psychiques, la colère face à une situation précède souvent la tristesse que cette même situation provoque. Cela vient sans doute de la carence, du non respect de nos besoins fondamentaux, de la frustration, qui se trouvent bien souvent à l’origine de positions dépressives.

Le bonheur vient de l’intérieur, et jamais des autres !

… Ce qui n’empêche pas de le partager dans un second temps…

Il est indispensable de cesser de croire que le bonheur nous vient de l’extérieur, nous est apporté par les autres. C’est ici une erreur fondamentale : le bonheur ne prend sa source qu’à l’intérieur de nous mêmes. C’est pourquoi il est si important d’examiner ce qui est au plus profond de notre être. Cet examen ne peut se faire en présence d’autrui. J’entends que c’est très douloureux, mais c’est la seule façon de renaître de ses propres cendres.

Sortir de la dépression nécessite d’accepter de changer quelque chose dans sa vie

Pour en revenir à cette métaphore culinaire, si vous prenez les mêmes ingrédients pour un plat, et suivez la même recette, êtes-vous sûr d’obtenir cette fois quelque chose de bon ?

Dans le cadre des dépressions tenaces, permettez moi d’en douter.

Ce point achoppe souvent lors des accompagnements thérapeutiques, et est source d’échec : Pour sortir véritablement et durablement de la dépression, il faut accepter que quelque chose d’essentiel dans note vie doit changer.

La résistance au changement est souvent forte chez les personnes dépressives. La dépression arrive comme une conséquence, un masque, de nos échecs à faire évoluer la situation qui ne nous convenait pas, mais qui a duré bien trop longtemps et nous a épuisé. On ne peut attendre que tout se transforme autour de nous, y compris les autres, qui se sentent bien ainsi et n’ont aucune envie de changer. Il nous appartient de faire enfin les changements nécessaires.

La relation thérapeutique : un travail à deux pour sortir de la dépression

Certaines personnes attendent du thérapeute de les « soigner ». Mais s’asseoir dans un cabinet de psychothérapie ne suffit pas ! Il faut accepter de participer pleinement au processus de changement. Le thérapeute vous servira alors d’écoute active, de guide, soutiendra et encouragera vos résultats.

A mon niveau, j’écoute les profondeurs de l’être qui cherchent à s’exprimer et sont étouffées. Ensemble nous retrouvons la force de vie qui est au cœur de votre être. Amour et créativité doivent être libérés.

 

J’espère que cet article vous donnera des pistes pour aller de l’avant. Si vous n’arrivez pas à vous sortir seul de dépression, avant de consulter un thérapeute, vous devez vous poser une question essentielle : suis-je prêt à changer au moins une chose dans ma vie, de remettre en question au moins un de mes comportements qui m’ont menés à vivre cette situation ? Si la réponse est non, le chemin risque hélas d’être long et difficile. La complaisance n’est pas de l’amour, de soi ou de l’autre.

 

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Message aux surefficients : les balanciers, les jumeaux, les vies antérieures…

08 Juil 2017

La notion de balancier et le principe de non dualité

Si comme moi vous vous êtres reconnus dans la description du livre de Christel Petitcollin « je pense trop » puis « je pense mieux », ce post est pour vous. J’aimerais revenir sur la notion de balanciers, que j’interprétais sous la forme du principe de non dualité, principe au cœur d’une certaine vision de la sophro-analyse. J’en ai parlé sur ce blog lors d’un article précédent (lien).

Le principe, rappelé par Cristel Petitcollin en d’autres termes, est simple : on sert l’énergie contraire lorsqu’on pose un acte « contre » quelque chose.

 

Servir l’énergie opposée à son intention initiale : une anecdote personnelle

Laissez-moi vous raconter une petite histoire vraie. Je sais que les surefficients sont plus sensibles à l’authenticité d’une historie factuelle qu’à un grand discours. Cette anecdote va vous donner un exemple personnel de ce principe de balancier.

Après environ deux années d’exercice, je me suis faite exclure de l’annuaire officiel des thérapeutes sur le site mon école de formation. Bien sûr mon diplôme et mes qualifications ne sont pas remises en cause, mais plutôt des divergences dans la façon d’exercer. Je m’attendais à que ce rejet de ma différence ait un impact négatif sur ma clientèle, je pensais que cette absence de reconnaissance de mon formateur me nuirait. C’est tout l’inverse qui s’est produit !

Cela m’a au final permis d’affirmer ma différence. J’ai repris des études pour approfondir ma réflexion sur les hypothèses qui m’avaient été enseignées. J’ai assumé ma façon de faire, et cela a fait progresser mon authenticité, et je crois, l’efficacité de mes accompagnements. Mon discours s’est franchement différencié du discours imposé par l’école dans laquelle j’ai suivi ma formation.  J’ai fait le tri entre le contenu qui me paraissait pertinent, et ce en quoi je ne croyais pas, ou plus. J’ai souvent essayé de discuter sur les fondements de la sophro-analyse, sur les postulats, mais ce dialogue constructif n’a pas été permis.

En d’autres termes -et je ne pense pas que c’était le but de l’exclusion au départ !- cet acte dirigé « contre moi » m’a donné une plus grande force !

C’est tout à fait de cela que parle Christel Petitcollin : j’ai refusé d’être ou happée et soumise, ou d’être la rebelle, d’un système qui ne servait que des intérêts personnels, mais jamais les miens. Toute mon énergie, ma créativité et mon sens critique y étaient happés sans retour. Mon potentiel de réflexion n’y était pas mis en valeur, au contraire, il a probablement semblé trop menaçant. Une théorie qui ne peut évoluer ni être discutée se fige, et au sens de la vie, se meure.

Toujours revenir au discernement, en utilisant utilement notre intelligence

Cette attitude critique par rapport aux institutions est aussi typique des surefficients ! Dans le livre « Je pense mieux », je me suis régalée à la lecture des problèmes rencontrés par les surefficients en entreprise ! Il y a des choses qu’on refuse, comme celle d’abandonner nos idées pour se faire valoir auprès d’un chef, et pour profiter d’une ascension dans le groupe ou en entreprise. Dans un groupe de rats soumis à une difficulté d’approvisionnement de la nourriture, 3 des rats prennent le contrôle et font travailler 2 rats soumis pour leur apporter la nourriture (ça c’est la système accepté par les « normo-pensants »). Seul 1 rat se défend du système, et adopte un système juste où il profite de la nourriture qu’il a difficilement acquise. Bref, le surefficient, s’il veut rester fidèle à ses idées, est poussé à une grande indépendance, parfois à l’isolement.

Comment traiter les mémoires de jumeaux perdus et de vies antérieures ?

Puisque ma parole est libre, je vais vous donner un point de vue sur les jumeaux perdus, et les vies antérieures, dont parle C. Petitcollin dans son livre « je pense mieux ». Cette opinion est le fruit de ma pratique, de mon observation de celle des autres, et d’une longue réflexion. Je n’entends en rien promouvoir la voix de LA vérité. C’est simplement mon opinion sur ce sujet.

La formation que j’ai suivie nous apprend à reconnaître et à traiter ces empreintes. Nous savons explorer les mémoires prénatales, la blessure dite « du jumeau perdu » qui est au cœur de l’enseignement de Claude Imbert (1) et aussi les impressions de connaître ses vies antérieures.

Nous apprenons à donner du sens à ces sensations. Normalement ces représentations sont utilisées par les sophro-analystes pour aider le client à libérer une empreinte, à changer sa façon de voir sa vie, à prendre de nouvelles décisions. Mais ce processus, faute de temps, est souvent interrompu avant cette phase finale de transformation de l’expérience analytique. Une séance complète de sophro-analyse est longue. Personnellement j’accepte souvent de prendre sur mon temps personnel, car je ne trouverais pas correct de me comporter comme un chirurgien qui ouvre des plaies pour les refermer au prochain rendez vous.

Mais à vrai dire, malgré tous ces efforts, j’ai été déçue du résultat de ces découvertes chez moi, chez mes clients, et en observant les expériences d’autres personnes. Il m’est apparu qu’au final c’était la plupart du temps – avec des exceptions quand même- beaucoup de douleurs revécues pour un maigre bénéfice.

Je me suis alors demandée si retrouver ces blessures devenait surtout l’aboutissement narcissique du thérapeute, qui cherche à conforter ses hypothèses et les induit malgré lui. Ou encore une nouvelle thérapie à la mode.

J’ai trouvé ces mémoires très induites. Le jumeau perdu concernerait 80% des clients selon le Dr Imbert et mon école de formation. En évitant scrupuleusement toute induction et suggestion, elles furent plutôt rares dans ma pratique personnelle. Sur le plan biologique, les spécialistes comme le Pr Bocklage parlent plutôt de 12-15 % de grossesses gémellaires. Je pense que seul un petit pourcentage en garderait des traces. Lorsqu’une théorie est trop présente dans la tête d’un analyste, il finit par orienter les analysés malgré lui. Le processus analytique fait dans ce cas plus de mal que de bien, à mon humble avis.

Le jumeau perdu et les vies antérieures ? D’accord mais de façon transitoire…

De plus, même lorsque ces mémoires sont retrouvées, mon analyse de thérapeute m’a appris que l’expression de ces blessures profondes de jumeau perdu ne suffit pas. L’hypothèse est très pertinente. Certaines de nos blessures profondes remontent peut être à la vie intra-utérine, ou avant. Ce dont je suis certaine à présent, c’est que le fait de savoir qu’on a eu un ou plusieurs jumeaux, donne du sens à notre ressenti. Mais ce à quoi je ne crois plus, c’est que cette découverte va résoudre instantanément, comme par magie, de lourdes problématiques de dépendance affective, de dépression chronique, d’angoisse de séparation, de recherche sans fin de partenaire idéal, pour ne citer que quelques conséquences possibles de cette « empreinte de la vie fœtale ».

Ces problèmes restent ensuite entiers, et il convient de vraiment les nommer. La libération de ces troubles reste à mon avis le fruit d’un travail thérapeutique sérieux, structuré, et hélas souvent assez long.

Ces observations m’ont menée à intégrer des réflexes de thérapie cognitive et comportementale dans mes accompagnements. J’ai aujourd’hui définitivement abandonné l’idée, si séduisante au départ, que le fait de comprendre l’origine d’un problème permet de nous en guérir. Cette idée est simplement intéressante sur le plan intellectuel. L’origine d’un trouble peut rarement être attribuée à un événement unique puis à la répétition ultérieure du traumatisme occasionné.

Il faut faire la différence entre ce qui crée le trouble initial, et les circonstances actuelles qui permettent à un état de mal être de se maintenir et de se déployer. Dans ces circonstances de maintien des troubles interviennent une superposition d’influences éducationnelles, environnementales, biologiques, cognitives, et aussi beaucoup de mauvaises habitudes mal identifiées et que nous avons du mal à changer dans nos vies. C’est l’ensemble de ces facteurs qu’il faut adresser pour véritablement changer notre état intérieur.

Quid des vies antérieures ?

Les traumatismes profonds sont chez certaines personnes cachées derrière des masques de vies antérieures, plus faciles à voir que la réalité en état de stress post traumatique. Il s’agit pour moi d’un processus similaire à celui des rêves. C’est aussi une façon d’approcher tout doucement le contenu traumatique refoulé. La question de savoir si c’est vrai ou faux devrait rester secondaire.

Il est important pour moi de ne pas fixer le masque comme une nouvelle réalité. Un tel comportement nous mènerait à nous inscrire dans une réalité parallèle, disons dans une défense psychotique pour reprendre les termes de la psychiatrie, sans jamais régler le problème véritable dans notre vie. En gros, il ne faut pas encourager les gens à se fixer sur ces « réalités » du passé, vraies ou fausses. Les jumeaux perdus n’existent plus, les vies antérieures sont terminées, seul compte réellement, dans une vie, le moment présent. Et ce qui reste c’est le vide, les conséquences d’un trauma non digéré, la tristesse, l’étouffement de notre force de vie profonde, la sensation d’être seul et perdu.

Dans ma pratique de sophro-analyste indépendant 😉

Lorsqu’ils sont exprimés en séance, j’utilise les ressentis mnésiques de vie intra-utérine et de vies antérieures pour aller plus loin, et découvrir ce qu’ils symbolisent dans notre vraie vie. En gros il s’agit du point de départ et non le but de l’accompagnement. Confondre un stade intermédiaire d’analyse et son but, c’est s’enfoncer dans une nouvelle croyance, servir une forme de pensée figée. Le principe de la vie et de la création est la fluidité et la transformation permanente. Faire un travail thérapeutique c’est remettre en route cette fluidité, et non la figer sur des réalités intermédiaires.

Pour les surefficients, la spiritualité doit avant tout rester un cheminement personnel

Je suis prudente également dans le domaine de la spiritualité. Surtout nous les surefficients, pouvont facilement adhérer à des courants spirituels modernes. La spiritualité est un cheminement personnel, riche en enseignements profonds sur mesure. On ne peut pas adopter de costumes spirituels prêts à porter, ceux-ci vont à tout le monde mais au final à personne. Adhérer à un courant spirituel doit être pour nous l’aboutissement d’un parcours de réflexion personnel, et non pas le point de départ.

Pour en revenir à ces histoires du jumeau perdu et de vies antérieures, il ne faut pas confondre le point de départ d’une analyse, et son point d’aboutissement. En somme, à quoi bon avoir conscience d’autres niveaux de réalité, de partenaires de vie intra-utérine, de vies antérieures, si ça ne change rien de notre souffrance quotidienne ? En tout cas, ce niveau de conscience nous coupe encore plus du monde des « normo-pensants » comme les appelle C. Petitcollin.

A moins d’être vraiment bien accompagnées et totalement bien comprises et intégrées (ce que permettent certains thérapeutes, pas tous), ces mémoires non rapprochées des problèmes psychiques profonds actuels, sont, d’après mes observations, au mieux des impasses thérapeutiques, au pire des dangers de déni croissant des problèmes psychiques réels. Il y a probablement des gens qui ont vraiment été soulagés par ces découvertes de jumeaux et de vies antérieures. Je prendrai leur témoignage personnel avec respect. Mais je dois dire que j’ai aussi rencontré de nombreuses personnes isolées dans des refuges spirituels, qu’ils ne pouvaient partager avec personne. L’isolement de l’individu ne constituera pour moi jamais l’aboutissement d’une analyse réussie. La nécessité d’appartenir à un groupe de croyances spécifiques suite à une formation ou à une thérapie nuit à la liberté, qui doit être préservée à tout prix.

Qui veut réfléchir sérieusement avec moi sur ces questions des revécus prénataux et de naissance ?

Si j’ai la chance que cet article soit lu par un psychanalyste, un psychiatre, ou un psychologue, suffisamment ouvert à l’échange sur ces questions de mémoires de vie intra-utérines, de jumeau, de vies antérieures, sans se rattacher à une vision dogmatique, je serais ravie d’en débattre.

Ces notions n’ont pas été découvertes par Claude Imbert. Les influences pré et néo-natales ont déjà été étudiées par Phyllis Greenacre. Dès 1928 Otto Rank avait souligné, après Freud lui même, la signification psychologique du traumatisme de la naissance et l’impact de la vie prénatale (2) . En 1949, Nandor Fodor, se basant sur des rêves dits « prénataux », a également étudié l’impact traumatique de la période prénatale. Déjà, il postulait l’existence d’une conscience organismique capable d’avoir des communications de type télépathique avec la mère (3). Où en sont restées ses hypothèses ? Cet auteur n’a pas été reconnu car les reconstructions de rêves prénataux ont été considérés à l’époque comme des fantasmes d’une validité douteuse (Pour une revue de ces prémisses lire les références 4 et 5).

J’ai pu à mon niveau constater le rejet de ces hypothèses par la communauté psychanalytique à laquelle j’ai tenté de m’adresser sans succès. S’il s’agit de fantasmes d’une nature particulière, pourquoi les rejeter ? L’approche psychanalytique est experte dans l’analyse des fantasmes, pour découvrir leur message caché. A l’époque de Freud, dans un contexte de sexualité brimée, de nombreux fantasmes concernaient la vie sexuelle. Aujourd’hui, la sexualité et la société ont évolué, les interdits et tabous sont un peu moins nombreux et on a inventé la contraception. Les fantasmes s’orientent vers d’autres sujets, comme la frustration de se sentir indésiré, rejeté, non aimé. Je peux en témoigner dans mon métier d’analyste. Le jumeau perdu symbolise peut être l’idéalisation d’un double parfait ?

Cette évolution me paraît saine, on ne peut rester bloqué sur les interprétations d’une autre époque. Freud a ouvert la voix à une façon de penser, et a montré la façon d’interpréter nos désirs inconscients. Tout ce qu’on rejette revient en force, avec de meilleures stratégies de communication, plus adaptées au grand public. C’est l’objet de cet article. Les idées finissent, qu’on le veuille ou non, par trouver de nouveaux relais, qui d’ailleurs ne citent pas toujours leur source, et par faire leur chemin. Alors autant les accompagner d’une réflexion solide, plutôt que de les rejeter au rang de dérives sectaires. Ce n’est pas ainsi que la France protégera efficacement des citoyens qui souffrent et sont désorientés dans leur recherche d’aide.

Et si on laissait tomber cette notion problématique de « Vérité » ?

Il n’a jamais été de mon tempérament d’accepter des croyances sans finir par les confronter à d’autres connaissances. De toute façon il n’y a pas de vérité dans l’absolu. Notre mental est chargé d’illusions. Les croyances, les connaissances, créent des enveloppes de sécurité psychique. Le sentiment d’appartenance à un groupe, qui découle de cette adhésion à un agglomérat de croyances, est très réconfortant, mais ça ne permet pas d’évoluer.

Dernier message aux surefficients : faites preuve de plus de discernement dans les approches de développement personnel

Les « surefficients » acceptent difficilement de se soumettre. Mais paradoxalement ils peuvent faire preuve de beaucoup de naïveté. Ils sont parfois manipulables tant ils ne s’attendent pas à ce que les autres puissent ne pas être guidés par des intentions bienveillantes ou lorsqu’ils servent leurs propres intérêts, ce qui arrive malheureusement souvent dans le champ des thérapies alternatives et du développement personnel. Ils ont parfois besoin d’un sérieux coup de pouce pour ouvrir les yeux et sortir de ces ornières. Mais quand ils le font, c’est un grand développement de leurs capacités qui les attend.

Amis surefficients courage ! Croyez en vous, aucune évolution ne se fait en mangeant des shamallows et en restant au pays des bisounours ! Lorsqu’une énergie en apparence contraire vous attaque, ou vous touche, même si ça fait mal au début, utilisez la et remerciez la du fond du cœur pour son enseignement profond. Faites cela pour déployer votre créativité. L’utilisation des forces apparemment contraires de nos adversaires est également un principe de base des arts martiaux. Libérez le Yoda qui sommeille en vous ! Ceci suppose le développement d’une grande sagesse, un centrage sur vos forces intérieures, et l’abandon des causes perdues…

Références : 
Pour la notion de surefficients : voir le site de Christel Petitcollin et ses ouvrages parus et à paraître:
« Je pense trop »
« Je pense mieux »
et bientôt : « Pourquoi trop penser rend manipulable ?  »

1) Claude Imbert, Un seul être vous manque : Auriez-vous eu un jumeau ?

2) Otto Rank, Le traumatisme de la naissance. Influence de la vie prénatale sur l’évolution de la vie psychique individuelle et collective ; Paris, Payot, 1928

3) Nandor Fodor, The search for the beloved ; NewYork, Hermitage, 1949

4) M. Houser, dans l’introduction de l’ouvrage « Psychologie pathologique, T Bergeret, 3ème édition, chez Masson

5) Michel Lemay, « Forces et souffrances psychiques de l’enfant, tome I- le développement infantile, 2014, chapitre « Le bébé imaginé »

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