Message aux surefficients : les balanciers, les jumeaux, les vies antérieures…

08 Juil 2017

La notion de balancier et le principe de non dualité

Si comme moi vous vous êtres reconnus dans la description du livre de Christel Petitcollin « je pense trop » puis « je pense mieux », ce post est pour vous. J’aimerais revenir sur la notion de balanciers, que j’interprétais sous la forme du principe de non dualité, principe au cœur d’une certaine vision de la sophro-analyse. J’en ai parlé sur ce blog lors d’un article précédent (lien).

Le principe, rappelé par Cristel Petitcollin en d’autres termes, est simple : on sert l’énergie contraire lorsqu’on pose un acte « contre » quelque chose.

 

Servir l’énergie opposée à son intention initiale : une anecdote personnelle

Laissez-moi vous raconter une petite histoire vraie. Je sais que les surefficients sont plus sensibles à l’authenticité d’une historie factuelle qu’à un grand discours. Cette anecdote va vous donner un exemple personnel de ce principe de balancier.

Après environ deux années d’exercice, je me suis faite exclure de l’annuaire officiel des thérapeutes sur le site mon école de formation. Bien sûr mon diplôme et mes qualifications ne sont pas remises en cause, mais plutôt des divergences dans la façon d’exercer. Je m’attendais à que ce rejet de ma différence ait un impact négatif sur ma clientèle, je pensais que cette absence de reconnaissance de mon formateur me nuirait. C’est tout l’inverse qui s’est produit !

Cela m’a au final permis d’affirmer ma différence. J’ai repris des études pour approfondir ma réflexion sur les hypothèses qui m’avaient été enseignées. J’ai assumé ma façon de faire, et cela a fait progresser mon authenticité, et je crois, l’efficacité de mes accompagnements. Mon discours s’est franchement différencié du discours imposé par l’école dans laquelle j’ai suivi ma formation.  J’ai fait le tri entre le contenu qui me paraissait pertinent, et ce en quoi je ne croyais pas, ou plus. J’ai souvent essayé de discuter sur les fondements de la sophro-analyse, sur les postulats, mais ce dialogue constructif n’a pas été permis.

En d’autres termes -et je ne pense pas que c’était le but de l’exclusion au départ !- cet acte dirigé « contre moi » m’a donné une plus grande force !

C’est tout à fait de cela que parle Christel Petitcollin : j’ai refusé d’être ou happée et soumise, ou d’être la rebelle, d’un système qui ne servait que des intérêts personnels, mais jamais les miens. Toute mon énergie, ma créativité et mon sens critique y étaient happés sans retour. Mon potentiel de réflexion n’y était pas mis en valeur, au contraire, il a probablement semblé trop menaçant. Une théorie qui ne peut évoluer ni être discutée se fige, et au sens de la vie, se meure.

Toujours revenir au discernement, en utilisant utilement notre intelligence

Cette attitude critique par rapport aux institutions est aussi typique des surefficients ! Dans le livre « Je pense mieux », je me suis régalée à la lecture des problèmes rencontrés par les surefficients en entreprise ! Il y a des choses qu’on refuse, comme celle d’abandonner nos idées pour se faire valoir auprès d’un chef, et pour profiter d’une ascension dans le groupe ou en entreprise. Dans un groupe de rats soumis à une difficulté d’approvisionnement de la nourriture, 3 des rats prennent le contrôle et font travailler 2 rats soumis pour leur apporter la nourriture (ça c’est la système accepté par les « normo-pensants »). Seul 1 rat se défend du système, et adopte un système juste où il profite de la nourriture qu’il a difficilement acquise. Bref, le surefficient, s’il veut rester fidèle à ses idées, est poussé à une grande indépendance, parfois à l’isolement.

Comment traiter les mémoires de jumeaux perdus et de vies antérieures ?

Puisque ma parole est libre, je vais vous donner un point de vue sur les jumeaux perdus, et les vies antérieures, dont parle C. Petitcollin dans son livre « je pense mieux ». Cette opinion est le fruit de ma pratique, de mon observation de celle des autres, et d’une longue réflexion. Je n’entends en rien promouvoir la voix de LA vérité. C’est simplement mon opinion sur ce sujet.

La formation que j’ai suivie nous apprend à reconnaître et à traiter ces empreintes. Nous savons explorer les mémoires prénatales, la blessure dite « du jumeau perdu » qui est au cœur de l’enseignement de Claude Imbert (1) et aussi les impressions de connaître ses vies antérieures.

Nous apprenons à donner du sens à ces sensations. Normalement ces représentations sont utilisées par les sophro-analystes pour aider le client à libérer une empreinte, à changer sa façon de voir sa vie, à prendre de nouvelles décisions. Mais ce processus, faute de temps, est souvent interrompu avant cette phase finale de transformation de l’expérience analytique. Une séance complète de sophro-analyse est longue. Personnellement j’accepte souvent de prendre sur mon temps personnel, car je ne trouverais pas correct de me comporter comme un chirurgien qui ouvre des plaies pour les refermer au prochain rendez vous.

Mais à vrai dire, malgré tous ces efforts, j’ai été déçue du résultat de ces découvertes chez moi, chez mes clients, et en observant les expériences d’autres personnes. Il m’est apparu qu’au final c’était la plupart du temps – avec des exceptions quand même- beaucoup de douleurs revécues pour un maigre bénéfice.

Je me suis alors demandée si retrouver ces blessures devenait surtout l’aboutissement narcissique du thérapeute, qui cherche à conforter ses hypothèses et les induit malgré lui. Ou encore une nouvelle thérapie à la mode.

J’ai trouvé ces mémoires très induites. Le jumeau perdu concernerait 80% des clients selon le Dr Imbert et mon école de formation. En évitant scrupuleusement toute induction et suggestion, elles furent plutôt rares dans ma pratique personnelle. Sur le plan biologique, les spécialistes comme le Pr Bocklage parlent plutôt de 12-15 % de grossesses gémellaires. Je pense que seul un petit pourcentage en garderait des traces. Lorsqu’une théorie est trop présente dans la tête d’un analyste, il finit par orienter les analysés malgré lui. Le processus analytique fait dans ce cas plus de mal que de bien, à mon humble avis.

Le jumeau perdu et les vies antérieures ? D’accord mais de façon transitoire…

De plus, même lorsque ces mémoires sont retrouvées, mon analyse de thérapeute m’a appris que l’expression de ces blessures profondes de jumeau perdu ne suffit pas. L’hypothèse est très pertinente. Certaines de nos blessures profondes remontent peut être à la vie intra-utérine, ou avant. Ce dont je suis certaine à présent, c’est que le fait de savoir qu’on a eu un ou plusieurs jumeaux, donne du sens à notre ressenti. Mais ce à quoi je ne crois plus, c’est que cette découverte va résoudre instantanément, comme par magie, de lourdes problématiques de dépendance affective, de dépression chronique, d’angoisse de séparation, de recherche sans fin de partenaire idéal, pour ne citer que quelques conséquences possibles de cette « empreinte de la vie fœtale ».

Ces problèmes restent ensuite entiers, et il convient de vraiment les nommer. La libération de ces troubles reste à mon avis le fruit d’un travail thérapeutique sérieux, structuré, et hélas souvent assez long.

Ces observations m’ont menée à intégrer des réflexes de thérapie cognitive et comportementale dans mes accompagnements. J’ai aujourd’hui définitivement abandonné l’idée, si séduisante au départ, que le fait de comprendre l’origine d’un problème permet de nous en guérir. Cette idée est simplement intéressante sur le plan intellectuel. L’origine d’un trouble peut rarement être attribuée à un événement unique puis à la répétition ultérieure du traumatisme occasionné.

Il faut faire la différence entre ce qui crée le trouble initial, et les circonstances actuelles qui permettent à un état de mal être de se maintenir et de se déployer. Dans ces circonstances de maintien des troubles interviennent une superposition d’influences éducationnelles, environnementales, biologiques, cognitives, et aussi beaucoup de mauvaises habitudes mal identifiées et que nous avons du mal à changer dans nos vies. C’est l’ensemble de ces facteurs qu’il faut adresser pour véritablement changer notre état intérieur.

Quid des vies antérieures ?

Les traumatismes profonds sont chez certaines personnes cachées derrière des masques de vies antérieures, plus faciles à voir que la réalité en état de stress post traumatique. Il s’agit pour moi d’un processus similaire à celui des rêves. C’est aussi une façon d’approcher tout doucement le contenu traumatique refoulé. La question de savoir si c’est vrai ou faux devrait rester secondaire.

Il est important pour moi de ne pas fixer le masque comme une nouvelle réalité. Un tel comportement nous mènerait à nous inscrire dans une réalité parallèle, disons dans une défense psychotique pour reprendre les termes de la psychiatrie, sans jamais régler le problème véritable dans notre vie. En gros, il ne faut pas encourager les gens à se fixer sur ces « réalités » du passé, vraies ou fausses. Les jumeaux perdus n’existent plus, les vies antérieures sont terminées, seul compte réellement, dans une vie, le moment présent. Et ce qui reste c’est le vide, les conséquences d’un trauma non digéré, la tristesse, l’étouffement de notre force de vie profonde, la sensation d’être seul et perdu.

Dans ma pratique de sophro-analyste indépendant 😉

Lorsqu’ils sont exprimés en séance, j’utilise les ressentis mnésiques de vie intra-utérine et de vies antérieures pour aller plus loin, et découvrir ce qu’ils symbolisent dans notre vraie vie. En gros il s’agit du point de départ et non le but de l’accompagnement. Confondre un stade intermédiaire d’analyse et son but, c’est s’enfoncer dans une nouvelle croyance, servir une forme de pensée figée. Le principe de la vie et de la création est la fluidité et la transformation permanente. Faire un travail thérapeutique c’est remettre en route cette fluidité, et non la figer sur des réalités intermédiaires.

Pour les surefficients, la spiritualité doit avant tout rester un cheminement personnel

Je suis prudente également dans le domaine de la spiritualité. Surtout nous les surefficients, pouvont facilement adhérer à des courants spirituels modernes. La spiritualité est un cheminement personnel, riche en enseignements profonds sur mesure. On ne peut pas adopter de costumes spirituels prêts à porter, ceux-ci vont à tout le monde mais au final à personne. Adhérer à un courant spirituel doit être pour nous l’aboutissement d’un parcours de réflexion personnel, et non pas le point de départ.

Pour en revenir à ces histoires du jumeau perdu et de vies antérieures, il ne faut pas confondre le point de départ d’une analyse, et son point d’aboutissement. En somme, à quoi bon avoir conscience d’autres niveaux de réalité, de partenaires de vie intra-utérine, de vies antérieures, si ça ne change rien de notre souffrance quotidienne ? En tout cas, ce niveau de conscience nous coupe encore plus du monde des « normo-pensants » comme les appelle C. Petitcollin.

A moins d’être vraiment bien accompagnées et totalement bien comprises et intégrées (ce que permettent certains thérapeutes, pas tous), ces mémoires non rapprochées des problèmes psychiques profonds actuels, sont, d’après mes observations, au mieux des impasses thérapeutiques, au pire des dangers de déni croissant des problèmes psychiques réels. Il y a probablement des gens qui ont vraiment été soulagés par ces découvertes de jumeaux et de vies antérieures. Je prendrai leur témoignage personnel avec respect. Mais je dois dire que j’ai aussi rencontré de nombreuses personnes isolées dans des refuges spirituels, qu’ils ne pouvaient partager avec personne. L’isolement de l’individu ne constituera pour moi jamais l’aboutissement d’une analyse réussie. La nécessité d’appartenir à un groupe de croyances spécifiques suite à une formation ou à une thérapie nuit à la liberté, qui doit être préservée à tout prix.

Qui veut réfléchir sérieusement avec moi sur ces questions des revécus prénataux et de naissance ?

Si j’ai la chance que cet article soit lu par un psychanalyste, un psychiatre, ou un psychologue, suffisamment ouvert à l’échange sur ces questions de mémoires de vie intra-utérines, de jumeau, de vies antérieures, sans se rattacher à une vision dogmatique, je serais ravie d’en débattre.

Ces notions n’ont pas été découvertes par Claude Imbert. Les influences pré et néo-natales ont déjà été étudiées par Phyllis Greenacre. Dès 1928 Otto Rank avait souligné, après Freud lui même, la signification psychologique du traumatisme de la naissance et l’impact de la vie prénatale (2) . En 1949, Nandor Fodor, se basant sur des rêves dits « prénataux », a également étudié l’impact traumatique de la période prénatale. Déjà, il postulait l’existence d’une conscience organismique capable d’avoir des communications de type télépathique avec la mère (3). Où en sont restées ses hypothèses ? Cet auteur n’a pas été reconnu car les reconstructions de rêves prénataux ont été considérés à l’époque comme des fantasmes d’une validité douteuse (Pour une revue de ces prémisses lire les références 4 et 5).

J’ai pu à mon niveau constater le rejet de ces hypothèses par la communauté psychanalytique à laquelle j’ai tenté de m’adresser sans succès. S’il s’agit de fantasmes d’une nature particulière, pourquoi les rejeter ? L’approche psychanalytique est experte dans l’analyse des fantasmes, pour découvrir leur message caché. A l’époque de Freud, dans un contexte de sexualité brimée, de nombreux fantasmes concernaient la vie sexuelle. Aujourd’hui, la sexualité et la société ont évolué, les interdits et tabous sont un peu moins nombreux et on a inventé la contraception. Les fantasmes s’orientent vers d’autres sujets, comme la frustration de se sentir indésiré, rejeté, non aimé. Je peux en témoigner dans mon métier d’analyste. Le jumeau perdu symbolise peut être l’idéalisation d’un double parfait ?

Cette évolution me paraît saine, on ne peut rester bloqué sur les interprétations d’une autre époque. Freud a ouvert la voix à une façon de penser, et a montré la façon d’interpréter nos désirs inconscients. Tout ce qu’on rejette revient en force, avec de meilleures stratégies de communication, plus adaptées au grand public. C’est l’objet de cet article. Les idées finissent, qu’on le veuille ou non, par trouver de nouveaux relais, qui d’ailleurs ne citent pas toujours leur source, et par faire leur chemin. Alors autant les accompagner d’une réflexion solide, plutôt que de les rejeter au rang de dérives sectaires. Ce n’est pas ainsi que la France protégera efficacement des citoyens qui souffrent et sont désorientés dans leur recherche d’aide.

Et si on laissait tomber cette notion problématique de « Vérité » ?

Il n’a jamais été de mon tempérament d’accepter des croyances sans finir par les confronter à d’autres connaissances. De toute façon il n’y a pas de vérité dans l’absolu. Notre mental est chargé d’illusions. Les croyances, les connaissances, créent des enveloppes de sécurité psychique. Le sentiment d’appartenance à un groupe, qui découle de cette adhésion à un agglomérat de croyances, est très réconfortant, mais ça ne permet pas d’évoluer.

Dernier message aux surefficients : faites preuve de plus de discernement dans les approches de développement personnel

Les « surefficients » acceptent difficilement de se soumettre. Mais paradoxalement ils peuvent faire preuve de beaucoup de naïveté. Ils sont parfois manipulables tant ils ne s’attendent pas à ce que les autres puissent ne pas être guidés par des intentions bienveillantes ou lorsqu’ils servent leurs propres intérêts, ce qui arrive malheureusement souvent dans le champ des thérapies alternatives et du développement personnel. Ils ont parfois besoin d’un sérieux coup de pouce pour ouvrir les yeux et sortir de ces ornières. Mais quand ils le font, c’est un grand développement de leurs capacités qui les attend.

Amis surefficients courage ! Croyez en vous, aucune évolution ne se fait en mangeant des shamallows et en restant au pays des bisounours ! Lorsqu’une énergie en apparence contraire vous attaque, ou vous touche, même si ça fait mal au début, utilisez la et remerciez la du fond du cœur pour son enseignement profond. Faites cela pour déployer votre créativité. L’utilisation des forces apparemment contraires de nos adversaires est également un principe de base des arts martiaux. Libérez le Yoda qui sommeille en vous ! Ceci suppose le développement d’une grande sagesse, un centrage sur vos forces intérieures, et l’abandon des causes perdues…

Références : 
Pour la notion de surefficients : voir le site de Christel Petitcollin et ses ouvrages parus et à paraître:
« Je pense trop »
« Je pense mieux »
et bientôt : « Pourquoi trop penser rend manipulable ?  »

1) Claude Imbert, Un seul être vous manque : Auriez-vous eu un jumeau ?

2) Otto Rank, Le traumatisme de la naissance. Influence de la vie prénatale sur l’évolution de la vie psychique individuelle et collective ; Paris, Payot, 1928

3) Nandor Fodor, The search for the beloved ; NewYork, Hermitage, 1949

4) M. Houser, dans l’introduction de l’ouvrage « Psychologie pathologique, T Bergeret, 3ème édition, chez Masson

5) Michel Lemay, « Forces et souffrances psychiques de l’enfant, tome I- le développement infantile, 2014, chapitre « Le bébé imaginé »