Souffrez-vous d’angoisse de séparation ?

26 Oct 2017

Voilà un moment que je n’ai pas écrit sur ce blog : c’est que je travaillais sur un sujet vraiment important, et qui concerne beaucoup d’enfants et aussi d’adultes : l’angoisse de la séparation. Ce fut l’objet de mon mémoire de Diplôme Universitaire, soutenu le 7 juillet dernier.

Ci-après je vous donne un extrait de l’introduction de ce mémoire dont le titre complet est :
« Le Trouble Anxiété de Séparation chez l’enfant et l’adolescent : vers une méthode d’accompagnement combinant la sophro-analyse et les TCC. »

Grâce à ce travail me voilà bien formée pour la prise en charge de ce trouble.
Les accompagnements que je propose concernent les enfants (avec leurs parents), les adolescents, mais également les adultes, qui ont rarement conscience de ce trouble, bien intégré dans leur vie.

L’angoisse de séparation du nourrisson, une étape charnière de son développement

L’angoisse de séparation représente une étape normale dans la vie de l’enfant. Le nourrisson, qui s’est vécu comme indifférencié de sa mère pendant les premiers mois de sa vie, a du mal à vivre les premières séparations dont il a conscience et les refuse. Le jeune enfant se met alors à manifester bruyamment son désaccord, il pleure, trépigne et s’agite pour rappeler sa mère.

Ce phénomène transitoire sera ensuite graduellement surmonté par l’enfant. L’angoisse de séparation commence à se résoudre vers les 18 mois de l’enfant, lorsqu’il commence à développer une maturité psychologique autonome, qui lui permet de comprendre que la séparation n’est que temporaire, bien qu’il n’ait pas encore acquis la notion du temps. Les séparations seront bien acceptées à partir de 3-4 ans (Petot D, 2014).

Comment aider son enfant dans sa phase d’autonomisation ?

Afin de l’aider dans cette délicate étape de prise de confiance et d’apprentissage de l’autonomie, il est conseillé aux parents de rassurer leur enfant, en l’habituant à des séparations progressives, en l’amenant à comprendre que l’objet d’attachement, ainsi que lui-même, continuent à vivre indépendamment, même lorsqu’ils sont hors de portée de vue (par exemple en jouant au jeu de cache –cache). Un objet de transition portant l’odeur du parent, qui restera avec l’enfant lorsque les séparations précoces sont inévitables, pourra être une source de réconfort.

Quand parle-t-on de trouble anxiété de séparation ?

On ne parlera de trouble que lorsque l’anxiété demeure excessive lors des situations de séparation d’avec les personnes auxquelles l’enfant est attaché au-delà de 7-8 ans. L’enfant craint qu’un événement grave tel qu’accident, maladie, enlèvement, vienne le séparer brutalement de ses proches. L’angoisse peut aller jusqu’à imaginer la mort de ses parents. Le jeune enfant a peur du noir, des inconnus, fait des cauchemars, a peur de dormir seul, et tente de se réfugier dans le lit parental.

On retrouvera chez l’enfant pré-scolaire une grande difficulté à quitter sa figure d’attachement au moment de l’entrée en maternelle. La première rentrée à l’école est difficile pour certains enfants, mais les enfants anxieux pleurent ou font des colères lorsqu’ils sont conduits à l’école, restent tristes, apathiques, en retrait durant la journée, et ont du mal à participer aux activités d’apprentissage ou à jouer.

Dans la définition du trouble donnée par le Manuel Diagnostique et Statistique des troubles Mentaux (le DSM)(annexe 1), l’angoisse concerne également la séparation avec le lieu de vie habituel de l’enfant. En grandissant, l’enfant éprouve des difficultés à dormir en dehors de chez lui, chez des amis, ou à partir en camps de vacances. L’anxiété de séparation génère des plaintes physiques telles que douleurs abdominales, maux de tête, nausées, vomissements.

Pour une description plus fine du trouble, il est précisé, dans le DSM-IV :
« Les enfants ayant une Anxiété de séparation proviennent souvent de familles dans lesquelles les relations sont très proches. Loin de la maison ou de ceux qu’ils aiment, ils sont généralement timides, apathiques, tristes et ne peuvent se concentrer ni sur leur travail ni sur des jeux.

En fonction de l’âge, ils ont peur des animaux, des monstres, du noir, des agresseurs, des cambrioleurs, des ravisseurs, ils redoutent les accidents de voiture, les voyages en avion ou toute situation perçue comme menaçante pour l’intégrité de la famille ou leur propre intégrité.

Des préoccupations concernant la mort, la leur ou celle des autres, sont fréquentes. Le refus d’aller à l’école peut conduire à un échec scolaire ou à un évitement social. Les enfants ayant une anxiété de séparation peuvent se plaindre de ce que personne ne les aime ou de ce que personne ne s’occupe d’eux et dire qu’ils préféreraient être morts.

Lorsqu’ils sont bouleversés par une séparation imminente, ils peuvent se mettre en colère et, occasionnellement, frapper la personne qui essaie de les forcer.

Quand ils sont seuls, en particulier le soir, les jeunes enfants peuvent avoir des expériences perceptuelles inhabituelles (ex. : voir quelqu’un qui regarde ce qui se passe dans leur chambre, voir des créatures effrayantes qui essayent de les attraper, sentir des yeux posés sur eux).

Les enfants souffrant d’Anxiété de séparation sont souvent décrits comme exigeants, indiscrets et en quête permanente d’attention. Les demandes excessives de l’enfant deviennent souvent source de frustration pour leurs parents, ce qui amène des ressentiments et des conflits dans la famille.

Parfois au contraire, ces enfants sont décrits comme excessivement consciencieux, obéissants et désireux de plaire. Ils peuvent avoir des plaintes somatiques, qui les conduisent chez le médecin et entraînent diverses procédures médicales. »

Dans la dernière version publiée du DSM, il n’est plus nécessaire que le trouble soit apparu avant 18 ans. Le trouble doit être présent depuis 6 mois ou plus afin de minimiser le surdiagnostic de peurs passagères.

Dans la cinquième version du DSM (DSM-5), on le trouve sous le terme d’anxiété de séparation. Dans la littérature anglo-saxone, l’abréviation est le SAD (pour Separation Anxiety Disorder), à ne pas confondre avec le Seasonal Affective Disorder, qui est un type de dépression chronique liée aux changements de saisons. Il est maintenant classé dans les troubles anxieux. L’abréviation SAD est parfois également utilisée en anglais pour désigner le Social Anxiety Disorder. Dans ce rapport j’utiliserai parfois l’abréviation TAS (trouble d’anxiété de séparation), qui porte moins à confusion. Les symptômes retenus comme critères diagnostiques sont équivalents dans la CIM-10, qui nomme le trouble sous le terme « d’angoisse de séparation de l’enfance ».

Le trouble anxiété de séparation existe aussi chez les adultes…

Cette forme d’angoisse est retrouvée chez l’adulte, où elle prendra toutefois une tonalité moins évidente à identifier. En effet, à l’âge adulte, ce type d’angoisse peut passer inaperçu lorsqu’il est reporté sur le partenaire de vie, avec une difficulté pour la personne à apprécier les moments de solitudes qui sont vécus comme des moments de vide angoissant.

D’une façon générale, l’autonomie s’en trouve affectée, mais cette perte d’autonomie, qui peut toucher tous les domaines de la vie (affectif mais aussi financier, marqués par le manque d’initiatives pour des activités nouvelles en dehors du cercle familial, habitude acquise de ne pas trop quitter la maison, sauf pour aller dans un autre endroit connu et sécurisant…) est considérée comme normale. Les situations de séparation familiales, de couple, et les sorties hors de lieux d’habitation rassurants et connus, sont évitées.

Les difficultés sont bien souvent sous-estimées par la personne, ce qui complique l’identification du trouble. Le trouble peut être exacerbé lors de séparations (décès d’une figure d’attachement principale, projet de divorce) (observations personnelles). Dans le DSM IV-TR, il est précisé que les adultes souffrant de ce trouble montrent un inconfort marqué lors de séparations d’avec leur progéniture et leur conjoint. Selon Susan M. Bögels, dans une revue de 2013 sur le TAS adulte, ce trouble est fréquent, souvent associé à d’autres troubles, et invalidant. Une étude (la National Comorbidity Survey Replication – NCS-R) portant sur 5692 adultes montre que la forme adulte du TAS est courante aux Etats-
Unis. Le taux de prévalence sur la vie serait de 6.6 %.

… et chez les animaux comme le chien !

L’anxiété de séparation est un signe courant chez les chiens (Pageat, 1995). Il se manifeste par des comportements de destruction, de défécation, d’urination et /ou de vocalisations en l’absence de leur propriétaire. Les chiens montrent un hyper-attachement à leur donneur de soin. L’étiologie de ce trouble est incertaine, et on suppose qu’elle repose sur des caractéristiques héritables, les premières expériences de vie ou les facteurs environnementaux. Dans un essai clinique multisite, prospectif, randomisé, en double aveugle, et contrôlé contre placebo, King JN et coll. montrent que les troubles peuvent être améliorés par l’utilisation de clomipramine, un antidépresseur tricyclique (King JN et coll., 2000) (étude du Novartis Animal Health).

Pour en savoir plus sur mon travail…

Mon mémoire est accessible dans son intégralité moyennant une contribution de 10€ adressés par chèque ou virement bancaire.
Si vous êtes intéressés, contactez moi à : contact@sophroanalyste-rennes.fr

Sommaire détaillé de ce mémoire (40 pages) :

Introduction

Définition du trouble anxiété de séparation (TAS)
L’angoisse de séparation du nourrisson, une étape charnière de son développement
Quand parle-t-on de trouble anxiété de séparation ?
Le trouble anxiété de séparation existe aussi chez les adultes…
… et chez les animaux comme le chien !

Epidémiologie
Age de début et distribution par genre
Co-morbidité

Etiologie du trouble de l’anxiété de séparation
Influence de la génétique
Les influences périnatales
Le rôle du style d’attachement et du mode d’éducation

L’anxiété de séparation dans le spectre des troubles anxieux de l’enfant

Diagnostic
Les entretiens à visée diagnostique

Traitement
Psychopharmacologie
Psychothérapie

Le traitement du trouble de l’anxiété de séparation par les approches
psychothérapeutiques – une revue de la littérature récente

Programme Familial contre l’Anxiété de Séparation (enfants de 5 à 13 ans et leurs parents)
Thérapie basée sur le jeu en groupe pour les enfants scolarisés (7-9 ans)
Programme Cool Kids, non spécifique de l’anxiété de séparation (7-17 ans)
Les programmes de thérapie cognitive et comportementale pour lutter contre les troubles anxieux
Programmes de thérapie cognitive et comportementale délivrés par internet (8-12 ans)
Programme d’art thérapie (7-12 ans)

Proposition d’intervention dans le cadre de mon activité de thérapeute formée
à la sophro-analyse
Entretiens à visée diagnostique
Stratégie d’intervention
1- Physiologie : apprentissage des techniques de gestion de l’anxiété (enfant seul)
Relaxation et sophrologie
TIPI Technique d’Identification des Peurs Inconscientes
2- Cognitions
Psychoéducation
Restructuration cognitive
Travail avec l’enfant intérieur (optionnel, à partir de 15 ans environ)
3- Comportement
Processus de visualisation positive : méthode de pré-exposition
Exposition réelle
4- Emotions

Discussion
Place de la sophro-analyse, dans le cadre de pratiques thérapeutiques destinées à l’enfant et à l’adolescent
Le ré-équilibrage émotionnel préalable à la TCC
Faut-il impliquer la famille des enfants souffrant d’anxiété de séparation
dans la stratégie thérapeutique ?
Faut-il traiter l’anxiété de séparation spécifiquement ou adopter une stratégie générique pour l’ensemble des troubles anxieux ?
Les perspectives des neurosciences
L’adolescence, une étape clé pour se libérer d’une angoisse de séparation non résolue avant qu’elle n’évolue vers d’autres troubles à l’âge adulte ?
Une sensibilisation parentale au sujet de l’anxiété de séparation

Annexes
Annexe 1: Critères diagnostics de l’anxiété de séparation, DSM-5
Annexe 2: Questionnaire de mesure de sévérité du trouble de l’anxiété de séparation

Références bibliographiques

Remerciements